1986 : le pari réussi de la privatisation

Après avoir été nationalisé dans la première année de présidence François Mitterrand en 1982, Saint-Gobain inaugure en 1986 le programme des privatisations arrêté par la coalition du centre et de la droite dirigée par Jacques Chirac, au cours de la première cohabitation. L'opération a été techniquement réussie au-delà de toutes les espérances puisque 1 500 000 actionnaires, personnes physiques ou morales, ont souscrit des actions cotées en bourse.

Saint-Gobain se trouve ainsi, à deux reprises au cours des années 1980, au cœur des enjeux politiques et économiques des gouvernements français. Après l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, le Groupe est nationalisé en février 1982, dans un climat passionnel, avec quatre autres grands groupes industriels et une quarantaine de banques.
Quatre ans plus tard, la Compagnie est la première entreprise privatisée en raison de son ancienneté, de sa réputation internationale et de sa solidité financière, et expérimente de ce fait un ensemble de procédés financiers et publicitaires inédits. Roger Fauroux, qui a présidé le groupe pendant la période délicate de la nationalisation, passe le flambeau à Jean-Louis Beffa.
La privatisation devait permettre d’explorer les voies d’un « capitalisme populaire » correspondant aux attentes de la nouvelle majorité. Elle a donné lieu à une importante campagne de publicité dans la presse et à la télévision, menée par Publicis, pour inciter les petits porteurs, principale cible de l’offre publique de vente, à acheter des actions. L’action, proposée au cours de 310 francs, a été cotée pour la première fois à la Bourse de Paris le 24 décembre 1986 au cours de 369 francs et a même dépassé les 600 francs à la fin de 1988.
La première assemblée générale des actionnaires a eu lieu le 27 février 1987 au Zénith de Paris, en présence de 3 500 personnes, ce qui ne s’était jamais vu. 20 % des souscripteurs sont des particuliers qui, jusque-là, ne détenaient pas d’actions de sociétés ou parfois des étudiants, signe d’un changement des mentalités. Le personnel, salariés ou retraités, mobilisé par une importante campagne de communication interne, possède 10 % des actions, plus que les administrateurs du XIXe siècle qui ne détenaient, en 1835, que 6 % du total des actions. L’événement a contribué à mettre le Groupe sur le devant de la scène économique.